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Comenius ou Komensky, le père des pédagogies modernes

| 21 mars 2017 | 0 commentaire

« Comment donner accès à tous les savoirs, à tous les humains ? » Ceci est le titre de la première vidéo d’une série de vingt-six, réalisées entre 1999 et 2001. Ecrites par Philippe Meirieu, spécialiste des sciences de l’éducation et de la pédagogie, elles sont à l’époque diffusées sur France 5. Cette vidéo aborde en 13 minutes les apports pédagogiques de Jean-Amos Comenius, également appelé Jan Amos Komenský.

Qui était le pédagogue Comenius ?

Comenius est né en 1592 à Uherský Brod en Moravie (Royaume de Bohême, actuelle République tchèque). Il est mort en exil en 1670 près d’Amsterdam. Il était philosophe, grammairien, pédagogue tchèque, et pasteur membre du mouvement protestant des Frères Moraves.

Sa vie ne fut pas un long fleuve tranquille. Orphelin à l’âge de 12 ans, il est spolié de son héritage par des tuteurs peu scrupuleux. Il construit sa vie autour de la foi et ses études de philosophie. Ses années d’étude l’horrifient, et c’est peut être la raison pour laquelle il sera motivé pour réformer l’enseignement plus tard. Il devient pasteur en 1616 et l’importante paroisse de Fulnek lui est confiée en 1918. Il doit ensuite faire face à l’insurrection des états de Bohême en 1621 lors de la guerre de trente ans. Il est traqué par les troupes espagnoles et doit fuir, abandonnant sa femme et ses enfants, qui meurent de la peste avant qu’il ne puisse les retrouver. Banni, il migre en 1627 avec quelques compatriotes.

 » Le temps viendra, Comenius, où la foule des hommes de bien t’honorera et honorera tes oeuvres, tes espérances et tes voeux.  » Leibniz.

En 1630, à 40 ans, il commence à s’intéresser à la pédagogie. Ses idées le font connaître et il est écouté autant par les catholiques que par les protestants. Il est invité de 1651 à 1654 par le prince hongrois Sigismund Rakoczi, où il essaie de mettre en pratique ses idées pédagogiques grâce à son statut de maître d’école. Il contribue également au changement en Angleterre, et en Suède où il réforme les écoles sur la demande de Louis De Geer, qui occupe une place économique importante en Europe suite à la guerre de trente ans. On lui propose même de diriger l’école de Harvard, au Massachusetts. Le cardinal de Richelieu invite également Comenius en France. Ce dernier envoie un de ses disciples et amis à sa place, Joachim Hûbnermais, mais ce dernier arrive lorsque Richelieu se meurt.

C’est en Hollande dès 1656, après l’attaque des catholiques en Pologne détruisant ses vingt dernières années de travaux, qu’il vit ses dernières années. Il vécut 78 ans, un âge rarement atteint à cette époque.

« Lorsque l’éducation générale de la jeunesse commencera par la bonne méthode, il ne manquera plus à personne ce qui lui est nécessaire pour bien penser et bien agir. » Comenius

Le travail de fond de Comenius

Son esprit atypique lui valut de nombreuses étiquettes, pas toutes flatteuses. Métaphysicien d’arrière-garde, faux prophète, précurseur de l’O.N.U., père de l’éducation moderne, le Galilée de l’éducation, l’inspirateur de la franc-maçonnerie (son livre sur la réforme des affaires humaines dont la première partie, intitulée Le Réveil de tous, semble avoir inspiré le fameux Livre des constitutions maçonniques de James Anderson), ou encore l’inspirateur qui prépara le monde au rationalisme plutôt antichrétien des Lumières… Son apport en terme de pédagogie est pourtant indéniable.

Contemporain de Descartes, Comenius s’intéresse profondément à l’Homme. Fidèle au mouvement protestant de son Eglise, il proteste contre la toute puissance du Clerc catholique, qui à l’époque garde le monopole du Savoir. Il ne veut plus de ces écoles qui maîtrisent le flux du Savoir transmis, et empêche l’accès à toutes les connaissances. Ces écoles qui forcent la mémorisation de milliers de lignes, sans réflexion ni enthousiasme. Il cherche comment faire en sortie que tous les Hommes puissent avoir accès à tous les savoirs disponibles, « tout doit être enseigné à tout le monde, sans distinction de richesse, de religion ou de sexe ». Comenius va en effet plus loin, et c’est peut être là où il dérange, il affirme à une époque où les femmes avaient un statut inférieur à l’homme, que les filles ont les mêmes capacités intellectuelles que les garçons. Il réclame un enseignement gratuit, pour tous, et laïque, et ce pour tous les enfants du monde ! Comenius voua vraiment toute sa vie à l’amélioration des méthodes d’instruction. Son travail est la base du projet pédagogique de notre époque.

« Plus nombreux sont les problèmes auxquels on réfléchit, plus on risque de n’en comprendre aucun. » Comenius

A l’époque le Savoir se trouve dans les bibliothèques, dans des manuscrits cachés dans quelques monastères… il n’est pas accessible au plus grand nombre. Comenius agit concrètement, et invente le cursus de l’enseignement secondaire en sept année, de la sixième à la terminale. Il invente la table des matières et l’index dans les ouvrages pour faciliter la recherche, et créé la première encyclopédie, 150 ans avant Diderot ! Plus de 580 titres d’ouvrages sont publiés à son nom. Son idée est de classer les Savoirs, de les proposer par ordre de complexité afin que même les personnes sans connaissance puissent accéder au savoir, et puissent progresser… Il se bat également pour que les élèves en difficulté bénéficient d’une meilleure prise en charge !

Il invente aussi l’équivalent de l’école maternelle, les manuels scolaires, et insiste sur le travail personnel de l’élève. Comenius est pour un rythme scolaire qui se rapproche aujourd’hui de celui des pays nordiques (sa réforme en Suède au 16ème siècle a-t-elle eu un impact tel qu’aujourd’hui les écoles nordiques suivent toujours ses enseignements ?), c’est à dire 4h d’enseignement par jour seulement. Le reste du temps il encourage les enfants à s’interroger, à approfondir, à aller chercher le savoir dans les ouvrages pour se construire leurs propres vérités, leurs propres savoirs. Il est d’avis que les enfants mémorisent le moins possible, mais sachent où trouver les informations dont ils ont besoin. Il encourage les travaux artistiques, manuels, la musique, les jeux pour apprendre, car pour lui il n’existe rien de tel qu’apprendre en s’amusant. Il déconseille fortement la punition corporelle, car pour lui, la contrainte est moins motivante, moins stimulante que l’enthousiasme, que le plaisir dans les apprentissages.

Sa pédagogie est active et finalement très moderne ! Une inspiration pour la société entière !

« L’école devrait être le vrai atelier de l’Humanité. »

Sources :

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Category: A l'école

Oumzaza

A propos de l'auteur ()

Dans le désordre fondatrice d'Oumzaza.fr, rédactrice pour différents sites, bénévole chez Lallab.org, auteure du livre "Pour une éducation responsable", maman instructrice #IEF, et présidente des Zalphabus organisant des sorties et ateliers en Île de France pour les enfants dès 3 ans !

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